Compétences
Formation
Organisation
Cabinet médical
13 min de lecture
par
Max Avatar
Max

Monter en compétence sans casser le planning

Monter en compétence dans un cabinet ne bute presque jamais sur le budget, mais sur les heures d'ouverture. Comment cartographier les compétences par acte, repérer celles qui ne tiennent qu'à une seule personne, et poser les doublures dans le planning sans bloquer une journée.

Monter en compétence sans casser le planning

Vous avez dans l'équipe quelqu'un qui apprend vite, un budget formation qui existe, et une bonne raison de l'utiliser. Six mois plus tard, rien n'a bougé. Ce n'est presque jamais la volonté qui manque, ni l'argent : monter en compétence demande des heures, et dans un cabinet ces heures-là sont déjà occupées par des patients. La formation ne se heurte pas au budget, elle se heurte au planning, et personne ne tient de réunion pour arbitrer ce conflit-là.

Cet article porte sur cette partie du sujet : repérer les compétences qui ne tiennent qu'à une seule personne, poser l'apprentissage dans une semaine déjà pleine, et savoir ce que le Code du travail impose réellement en matière de rythme.

L'essentiel en bref

  • La formation compte en principe comme temps de travail effectif : monter en compétence occupe une place dans le planning, pas seulement dans le budget (articles L. 6321-2 et L. 6321-6 du Code du travail).
  • Une cartographie des compétences utile se fait par acte et non par diplôme, avec trois niveaux : ne fait pas, fait accompagné, fait seul et sait montrer.
  • La bonne question n'est pas « qui sait faire », c'est « combien sont-ils à savoir faire un mardi ordinaire ». Quand la réponse est un, ce n'est pas une compétence, c'est une dépendance.
  • Faire monter en compétence par doublure, deux heures par semaine, coûte moins cher au planning qu'une formation de deux jours d'un bloc : pendant une doublure, les deux personnes sont présentes.
  • L'entretien de parcours professionnel est un plancher légal, pas un rythme de pilotage : une première fois au cours de l'année qui suit l'embauche, puis tous les quatre ans (article L. 6315-1). C'est trop espacé pour piloter une montée en compétences.

Pourquoi monter en compétence bute sur le planning, pas sur le budget

Prenons une situation ordinaire : un cabinet de groupe, un accueil tenu par quatre personnes, ouvert de 8h00 à 19h00 du lundi au vendredi. Vous inscrivez l'une d'elles à une formation de deux jours pour la faire monter en compétence sur la télétransmission. Sur la base de journées de sept heures, cela fait quatorze heures d'accueil à recouvrir. Réparties sur les trois collègues restantes, cela représente un peu moins de cinq heures chacune, posées sur deux dates précises et non lissées sur le mois.

Ce calcul est la vraie décision, et il n'apparaît nulle part dans le devis de l'organisme de formation. Les quatorze heures, elles, se négocient avec trois personnes qui couvrent déjà les congés des autres.

S'y ajoute un point que beaucoup de structures traitent de travers. Les actions de formation qui conditionnent l'exercice d'une activité ou d'une fonction constituent un temps de travail effectif, avec maintien de la rémunération (article L. 6321-2 du Code du travail). Les autres actions de formation le sont également, sous réserve de deux exceptions prévues à l'article L. 6321-6 : un accord collectif d'entreprise ou, à défaut, de branche peut prévoir qu'une partie se déroule hors du temps de travail, et en l'absence d'accord, une formation peut se dérouler hors du temps de travail avec l'accord formalisé du salarié, dans la limite de trente heures par an.

Autrement dit : par défaut, les heures de formation sont des heures de travail. Elles ne sont pas du temps « en plus » que l'on récupérerait le lendemain, et elles ont leur place dans le planning au même titre qu'une plage de consultation. Le même raisonnement vaut pour l'entretien de parcours professionnel, qui se déroule pendant le temps de travail (article L. 6315-1).

C'est la raison pour laquelle monter en compétence est d'abord un sujet de planification. Tant que la formation vit dans un tableur à part, elle reste une intention. Le jour où elle occupe une case du planning, elle devient une contrainte visible.

La cartographie des compétences : la carte avant le trajet

Une ligne par acte, pas par diplôme

Une cartographie des compétences qui liste les intitulés de poste ne sert à rien : elle vous apprend que vous avez trois secrétaires médicales, ce que vous saviez déjà. Celle qui sert liste les actes réellement pratiqués chez vous, un par ligne. Dans un cabinet médical, cela ressemble à ceci : stérilisation et traçabilité, télétransmission et gestion du tiers payant, commandes et suivi des stocks, régulation téléphonique des demandes urgentes, préparation et remise en état des salles, accueil des remplaçants et des stagiaires, tenue du dossier dans le logiciel métier.

En face, les personnes, et trois niveaux seulement :

NiveauCe que cela veut dire
0Ne fait pas
1Fait accompagné, ou fait seul les cas simples
2Fait seul et sait montrer à quelqu'un d'autre

Le niveau 2 est celui que la plupart des grilles oublient, et le seul qui décide de la suite. Savoir faire et savoir transmettre sont deux choses différentes. Une ligne qui compte au moins une personne de niveau 2 peut se dupliquer en interne ; la même ligne tenue uniquement par des niveaux 1 ne se duplique pas, quel que soit le budget formation. Vous saurez alors où faire monter quelqu'un en compétence, et surtout par qui. C'est ce qui rend une cartographie des compétences exploitable au lieu d'être descriptive.

La règle des deux

Une fois la grille remplie, ne regardez pas les lignes bien pourvues. Comptez, ligne par ligne, combien de personnes atteignent le niveau 2, puis combien d'entre elles sont effectivement présentes un mardi ordinaire.

Quand la réponse est « une », vous n'avez pas une compétence, vous avez une dépendance. Les semaines de congés de cette personne cessent d'être un aléa de planning : ce sont des semaines pendant lesquelles le cabinet ne sait pas faire quelque chose. Et un arrêt de travail sur cette ligne ne se compense pas par un renfort extérieur, parce que ce qui manque n'est pas une paire de mains, c'est une habitude locale.

La règle est simple à énoncer et pénible à appliquer : aucun acte pratiqué tous les jours ne devrait reposer sur une seule tête. C'est elle qui donne l'ordre de priorité. Vous ne faites pas monter en compétence la personne la plus motivée sur le sujet le plus intéressant, vous commencez par les lignes à un seul porteur qui reviennent chaque jour. Les autres attendront, et c'est très bien. Le but n'est pas de faire monter en compétences tout le monde sur tout, c'est de supprimer les lignes à un seul porteur, une par une.

Un mot sur le format. Une cartographie des compétences rangée dans un dossier partagé n'est jamais relue. Le seul endroit où elle tient dans la durée est celui où elle sert : la fiche de la personne, là où le planning va la chercher.

Fiches collaborateurs et qualifications dans medishift Dans medishift, les groupes professionnels sont inclus dans l'offre gratuite ; à partir de l'offre Plus, les qualifications s'attachent à la fiche, et vous voyez qui peut tenir la stérilisation. Voir les offres.

C'est là que le sujet cesse d'être un dossier de ressources humaines. Chaque collaborateur porte un groupe professionnel, inclus dans l'offre gratuite, et, à partir de l'offre Plus, des qualifications et des attributs. À partir de l'offre Premium, une règle de planning écrite en langage courant peut s'y référer : « pendant que le praticien consulte, au moins une personne habilitée à la stérilisation est présente. » Kira, l'assistante intégrée, vérifie le planning en continu contre ces règles et s'en sert pour remplir et corriger des semaines entières. La recherche de remplaçant, disponible à partir de l'offre Plus, répond dans la même logique : qui peut prendre le créneau, qui ne le peut pas, et quelle règle l'exclut. Le planning lui-même reste gratuit en permanence jusqu'à 10 collaborateurs, sans les qualifications, qui commencent à Plus.

Faire monter en compétence sans bloquer une journée

Le créneau de doublure

La formation externe garde sa place, mais dans un cabinet, l'essentiel de ce qui fait monter en compétence se transmet sur place, et cela se planifie comme le reste.

Le format qui tient est le créneau de doublure : deux heures par semaine pendant six semaines, sur un vrai créneau de travail, avec un porteur de niveau 2 et une personne à faire monter en compétence sur une ligne précise de la grille. Douze heures au total, contre quatorze pour deux journées de formation externe. La différence n'est pas dans le volume, elle est dans ce que le planning encaisse : pendant une doublure, les deux personnes sont présentes. Vous ne perdez pas de couverture, vous perdez du débit.

Une réserve : ne cherchez pas à faire monter en compétence la même personne sur trois lignes en parallèle. Une ligne à la fois, jusqu'au niveau 2.

C'est un coût réel, et il vaut mieux l'annoncer à l'équipe : sur ces deux heures, l'accueil ira moins vite. Un ralentissement annoncé se gère. Une journée où il manque quelqu'un, non.

Où poser la doublure dans la semaine

Le créneau de doublure meurt toujours de la même façon : il est posé au moment le plus chargé, parce que « c'est là qu'il y a le plus à apprendre ». En pratique, personne n'explique rien pendant un pic, et la personne en apprentissage regarde faire sans comprendre. On ne fait pas monter quelqu'un en compétence en l'installant à côté d'une collègue débordée.

Posez-le dans un creux réel de votre semaine, celui que votre logiciel de rendez-vous connaît mieux que vous. Dans beaucoup de cabinets, c'est le milieu d'après-midi, entre 14h00 et 16h00. Évitez le lundi matin et le lendemain de jour férié, les deux moments où le retard accumulé se rattrape.

Et écrivez la doublure dans le planning sous son nom, avec les deux personnes affectées. Un créneau qui n'existe que dans une conversation est le premier à sauter quand la journée dérape ; un créneau visible oblige à décider explicitement de l'annuler, ce qui n'est pas la même chose. Une montée en compétences qui n'apparaît nulle part dans le planning n'a pas commencé.

Six semaines par ligne, deux ou trois lignes dans l'année : c'est le rythme auquel une petite équipe peut monter en compétences sans s'épuiser. Au-delà, les doublures se font annuler les unes après les autres.

Ce que le Code du travail impose, et à quel rythme

Le cadre légal dit autre chose que ce qu'on lui prête. Rien n'y indique comment faire monter en compétence une équipe de cabinet : il pose une obligation d'adaptation et des rendez-vous, le contenu vous appartient.

L'employeur assure l'adaptation des salariés à leur poste de travail et veille au maintien de leur capacité à occuper un emploi (article L. 6321-1 du Code du travail). Les actions de formation menées à ces fins sont prévues, le cas échéant, par le plan de développement des compétences, c'est-à-dire les formations décidées à l'initiative de l'employeur (article L. 6312-1). À côté, l'accès à la formation existe aussi à l'initiative du salarié, notamment par le compte personnel de formation.

Le plan de développement des compétences n'a donc pas à être un document d'entreprise sophistiqué. Dans une structure de six personnes, c'est la liste des lignes de votre grille que vous avez décidé de dupliquer cette année, avec un nom en face de chacune. Un plan de développement des compétences d'une page, relu deux fois par an, vaut mieux qu'un document formel que personne ne rouvre. Sa force est ailleurs : son élaboration peut tenir compte des conclusions des entretiens (article L. 6321-1), ce qui en fait l'endroit où la demande individuelle et le besoin du planning se rencontrent.

L'entretien, lui, a changé de forme et beaucoup d'articles en circulation décrivent encore l'ancienne. Le salarié est informé à l'embauche qu'il bénéficie d'un entretien de parcours professionnel au cours de sa première année, puis tous les quatre ans (article L. 6315-1). Il porte sur les compétences et les qualifications mobilisées, sur les besoins de formation et sur les souhaits d'évolution, et il ne porte pas sur l'évaluation du travail : c'est une conversation sur la trajectoire, pas un entretien annuel déguisé. Il se déroule pendant le temps de travail et donne lieu à un écrit dont une copie est remise au salarié. Tous les huit ans, il prend la forme d'un état des lieux récapitulatif du parcours.

Deux précisions qui évitent des erreurs coûteuses, toutes deux dans ce même article L. 6315-1. Un accord collectif d'entreprise ou, à défaut, de branche peut fixer une périodicité différente, sans qu'elle dépasse quatre ans : votre convention collective est donc le premier document à ouvrir avant de fixer votre propre rythme. Et l'abondement du compte personnel de formation prévu en cas de manquement ne vise que les entreprises d'au moins cinquante salariés, un seuil que la plupart des cabinets n'atteignent pas. La tenue des entretiens, elle, ne dépend pas de cette taille.

Reste ce que la loi ne traite pas, et c'est le principal. Quatre ans, c'est un plancher, pas un rythme de pilotage. Aucune structure ne peut se permettre de découvrir au bout de quatre ans que la stérilisation ne tient qu'à une personne. La montée en compétences se pilote sur la grille, en la relisant deux fois par an, et l'entretien sert alors à autre chose : à confronter ce que le planning a besoin de dupliquer avec ce que la personne, elle, a envie d'apprendre. Les deux ne coïncident pas toujours, et c'est précisément pour cela que la conversation vaut la peine d'être préparée.

Ce qu'il faut retenir

Monter en compétence dans un cabinet n'est pas un projet de formation, c'est une décision de planning, et elle se rejoue à chaque semaine que vous construisez. Le budget se vote une fois. Les heures, elles, se prennent à quelqu'un.

Trois gestes suffisent pour commencer. Faites la grille par acte et non par poste, avec ce niveau « sait montrer » qui change tout. Repérez les lignes à un seul porteur qui reviennent tous les jours et traitez-les en premier, même quand le sujet est ingrat. Posez les doublures dans le creux de la semaine, sous leur nom, dans le planning que tout le monde regarde. Le reste se met en place tout seul : le plan de développement des compétences devient la liste de ce que vous avez décidé de dupliquer cette année, et l'entretien de parcours professionnel cesse d'être une formalité quadriennale pour devenir le moment où la montée en compétences souhaitée par la personne rencontre celle dont le planning a besoin.

Faire monter en compétences une équipe entière, c'est répéter ce geste ligne par ligne. Il n'existe pas de version rapide, et la seule chose à décider aujourd'hui est la première ligne.

Si vous voulez voir à quoi ressemble un planning où les qualifications sont attachées aux personnes (offre Plus) et où une règle Premium peut s'y référer, vous pouvez comparer les offres.

Articles similaires